En 30 ans, l’Europe a perdu plus de 420 millions d’oiseaux. Cette situation est due en grande partie au dérèglement climatique mais également aux pesticides. Comment expliquer cette inquiétante disparition de millions d’oiseaux ces dernières années ?

L’implication des produits phytosanitaires, utilisés de façon abondante dans nos agricultures modernes, suscite des débats au sein de la communauté scientifique sur leurs rôles dans le déclin des populations aviaires. L’effet de ces pesticides sur oiseaux peut s’exercer de façon directe, quand les individus sont exposés aux effets toxiques des molécules chimiques. Mais cela peut aussi se produire de façon indirecte, lorsque les oiseaux sont contaminés par le biais de leur nourriture (herbes, graines, insectes, etc).

Oiseaux en déclin

La liste est longue, les alouettes, Chardonnerets élégants, Pigeons ramiers, perdrix, Moineau friquet, hirondelles mais également les Pies bavardes font partis des 275 espèces touchées. En tout, ce sont 75% des espèces qui fréquentent les milieux agricoles qui perdent entre 1% et 2% de leur effectif chaque année.

Pesticides mis en cause

Nombreuses sont les différentes substances pulvérisées sur les champs. Les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus utilisés dans le monde et sont considérés comme un des insecticides les plus virulents : ils sont responsables en grande partie du déclin des abeilles et des insectes. Une étude allemande a d’ailleurs estimé qu’à cause d’eux, la biomasse des insectes aurait diminué de 80% sur son territoire. Or, s’il n’y a plus d’insectes, les oiseaux ne peuvent plus nourrir correctement leurs oisillons. Bien que certains pays européens aient déjà interdit l’usage des néonicotinoïdes sur leur territoire, la Belgique continuera à les utiliser jusqu’en 2021.

On constate également que les lombrics sont particulièrement sensibles aux fongicides et qu’ils sont nettement moins abondants dans les sols exposés aux traitements pesticides. Or ces animaux, qui représentent une biomasse considérable, peuvent constituer une part importante de la consommation de certaines espèces d’oiseaux. Les pesticides, indépendamment des effets de toxicité directe, contribuent grandement à réduire la biomasse des niveaux inférieurs de la chaîne alimentaire. Cette régression atteint son maximum au printemps, période pendant laquelle tout est mis en œuvre pour protéger les cultures des ravageurs, mais qui correspond également à la période de reproduction des oiseaux.

Comment les pesticides agissent-ils sur les oiseaux ?

Une étude anglaise a fait l’expérience de donner de minuscules doses de néonicotinoïdes à des moineaux sauvages, à des quantités équivalentes à celles auxquelles ils sont susceptibles d’être exposés en ne mangeant que deux ou trois graines enrobées d’insecticide. Les résultats montrent que les oiseaux qui ont ingérés ces pesticides ont perdu en moyenne 6% de leur poids en 6 heures. Ceux qui tombent malades sont restés sur place pendant 3 à 4 jours pour reprendre de l’énergie. Ceci peut poser problème aux oiseaux car une arrivée tardive sur les lieux de nidification peut nuire à leurs chances de procréer.

Qu’ils soient insecticides, désherbants ou fongicides, les pesticides ont tous des effets néfastes sur la santé des oiseaux. Ils sont susceptibles d’agir sur plusieurs organes différents. Ils peuvent par exemple entraîner des lésions au niveau du cerveau, ce qui peut alors perturber la reproduction, provoquer une baisse de la fertilité, fragiliser la coquille des œufs, provoquer des lésions nerveuses, des retards de croissance,… L’ingestion de pesticides peut également avoir pour conséquence le dérèglement des hormones thyroïdiennes indispensables au vol et à la migration des oiseaux.

Ces exemples ne sont pourtant qu’une petite partie de toutes les conséquences possibles sur la santé des oiseaux qui ingèrent ou respirent ces molécules chimiques. Au final, c’est une mort lente qui attend les volatiles contaminés par les pesticides car le plus souvent ils se retrouvent exposés à plusieurs reprises aux substances actives. De ce fait, les oiseaux exposés finissent bien souvent par succomber car leur organisme ne parvient pas à résister à l’impact de ces poisons systèmiques très toxiques.

“SOS mésanges” en Belgique

Vogelbescherming, l’association de protection des oiseaux flamande a publié en septembre dernier les résultats de l’étude « SOS mésanges ». Avec le soutien de Velt et de centaines de citoyens, ils ont cherché à savoir si des traces de pesticides pouvaient être retrouvées chez les mésanges charbonnières. Une fois les poussins de mésanges mortes trouvés et récupérés, l’association les a envoyé dans un laboratoire spécialisé qui a analysé la présence éventuelle de pesticides. Il ressort de cette étude que 36 pesticides différents ont été découverts dans les corps des mésanges lors de l’analyse. Ils ont trouvé toute sorte de fongicides, d’herbicides, d’insecticides et des biocides. L’association a également analysé 95 nids de mésanges et seulement 4 n’avaient aucune trace de pesticide. Certains oisillons ont été retrouvés mort, contaminés par des pesticides alors qu’ils n’étaient même pas encore sortis du nid. Mais le plus étonnant dans cette étude reste la présence de DDT dans 89 des 95 nids examinés, alors que l’utilisation de cet insecticide est officiellement interdite en Belgique depuis 1974 ! Ces molécules chimiques peuvent ainsi rester plusieurs années dans le sol et continuer à contaminer faune et flore.

Conclusion

La régression des effectifs concernant 75% des espèces d’oiseaux qui fréquentent les milieux agricoles n’est donc qu’une conséquence logique de l’introduction des pesticides dans le fonctionnement de la biocénose. De plus, il n’y a bien souvent pas de mort visible, ce qui ne suscite donc pas d’inquiétude et les oiseaux se retrouvent confrontés à une sorte d’amnésie collective. Comment convaincre sans cadavre qu’il faut stopper l’usage des pesticides pour les remplacer par des pratiques agroécologiques ? La survie de la biodiversité compte pour l’instant moins que l’exigence sociale de produits alimentaires en abondance et à bas prix. L’arrêt des pesticides n’est donc pas pour demain et bien des espèces d’oiseaux disparaîtront silencieusement avant. Il est grand temps que notre société définisse les bases d’un avenir plus serein avant qu’il ne soit trop tard. Interdire définitivement l’usage des pesticides sur nos terres agricoles et accorder une attention de premier plan à la restauration des sols est plus que primordial, sinon les oiseaux ne seront bientôt plus qu’un triste souvenir.

Références

https://www.sosmezen.be/

http://www.oncfs.gouv.fr/Espace-Presse-Actualites-ru16/Intoxications-d-oiseaux-par-des-semences-traitees-amp-nbsp-news1980

https://www.franceculture.fr/amp/environnement/les-pesticides-principale-cause-de-la-disparition-des-oiseaux-en-france?fbclid=IwAR3WwFgiXQGtDGaLezsTr5Zzd0NyLaLHd0mB-8rZkAiv9DEVfxbWvYI-1MU

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_les-oiseaux-de-nos-campagnes-sont-victimes-des-pesticides-et-des-pratiques-agricoles?id=9873288

https://www.lpo.fr/images/pesticides/stoc_les_oiseaux_des_champs_disparaissent_ils.pdf