La LRBPO a réalisé un dossier présentant cinq des plus graves dérives de la chasse en Wallonie. Chaque mercredi, une dérive vous est présentée. Ci-dessous, vous pourrez découvrir la première.

Mais tout d’abord, pourquoi mettre en évidence certaines dérives de la chasse ? Les chasseurs défendent régulièrement leur activité récréative comme étant utile à la société. Selon eux, ils seraient gestionnaires de l’environnement. Par exemple, en l’absence de grands prédateurs comme les loups, ils seraient là pour rétablir un certain équilibre au sein de la nature.

Ce qui est faux. Leur activité cynégétique est le plus souvent nuisible pour l’ensemble de la nature. En réalité, les chasseurs créent eux même des déséquilibres en augmentant artificiellement les effectifs des espèces dites « gibiers », pour pouvoir en abattre plus.

Ils chassent également des espèces en déclin et des prédateurs, dont le rôle est important dans l’équilibre des écosystèmes. Si leur objectif était bel et bien de maintenir l’équilibre de la nature, ils s’en serviraient comme alliés.

Les chasseurs ne représentent même pas 0,3 % de la population wallonne. Pourtant cette minorité impose ses vues depuis de longues années au gouvernement wallon en matière de chasse et de nature. La LRBPO demande dès lors une modification de la loi sur la chasse pour tenir compte de l’avis des protecteurs de la nature et de la perte de biodiversité critique constatée en Wallonie.

Première dérive : le non-respect du bien-être animal et de la législation

La chasse de certaines espèces toute l’année est parmi les pires pratiques cynégétiques en Wallonie. Cela pose un problème majeur pour le renard roux et le lapin de garenne: quand la mère sort de son terrier pour se nourrir ou se dégourdir les pattes, elle risque d’être abattue.

Après quelques heures ou quelques jours, les jeunes meurent alors de faim ou de soif au fond de leur terrier.

Personne ne le voit, personne n’en parle mais leur souffrance est incommensurable !

La chasse de toute espèce devrait être interdite pendant la période durant laquelle les jeunes dépendent des adultes, d’avril à août. Il s’agit en effet là d’une règle élémentaire s’inscrivant dans une optique respectueuse du bien-être animal. Cependant, les chasseurs considèrent que la loi relative au bien-être animal ne s’applique pas formellement au gibier ou aux animaux sauvages alors qu’elle est explicite à ce propos :

Loi relative à la protection et au bien-être des animaux (M.B. 03.12.1986)*

Art 15. Un vertébré ne peut être mis à mort que par une personne ayant les connaissances et les capacités requises, et suivant la méthode la moins douloureuse. Sauf cas de force majeure ou de nécessité, il ne peut être mis à mort sans anesthésie ou étourdissement.

Lorsque la mise à mort sans anesthésie ou étourdissement d’un vertébré est tolérée dans le cadre de la pratique de la chasse ou de la pêche ou en vertu d’autres pratiques légales, ou lorsqu’elle rentre dans le cadre de la législation de lutte contre les organismes nuisibles, la mise à mort peut seulement être pratiquée par la méthode la plus sélective, la plus rapide et la moins douloureuse pour l’animal.

Il existe différentes méthodes de chasse permises en Wallonie :

• À l’affut, caché, le chasseur a le temps d’observer tranquillement l’animal avant de le tirer. Il manque rarement sa cible et l’animal meurt donc souvent d’un seul coup.

• À l’approche, le chasseur discret s’approche lentement de l’animal. Une technique assez semblable à l’affut, il y a peu d’animaux blessés.

• La chasse au chien courant consiste à faire débusquer l’animal par son chien et ensuite se poster sur la voie de l’animal en fuite et le tirer.

• En battue, des traqueurs souvent accompagnés de chiens rabattent les animaux vers les chasseurs à grands cris. Les cris des hommes et les aboiements des chiens sont extrêmement stressants pour tous les animaux, y compris les espèces protégées. Les plus jeunes animaux, plus lents, sont parfois dévorés par les chiens. En fuite, les animaux sont difficiles à abattre, il faut en moyenne 6-7 tirs par animal tué. Ils sont donc nombreux à être blessés. Même des chiens sont abattus par inadvertance. Pour retrouver les animaux blessés et les achever, des chiens « de sang » sont alors utilisés.

• La chasse au vol consiste à utiliser un rapace pour attraper un animal. En fonction du rapace et de la proie la mise à mort est plus ou moins longue, les blessures infligées à la proie peuvent être importantes.

On constate qu’il existe des méthodes de chasse caractérisées soit par des mises à mort plus ou moins rapides, soit par des mises à mort douloureuses pour l’animal.

Pourquoi n’y a-t-il pas une obligation sur le terrain d’utiliser seulement les méthodes les plus respectueuses de l’animal et de l’environnement en général, comme l’affût et l’approche silencieuse ?

D’ailleurs, en quoi cette loi sur le bien-être animal ne devrait-elle concerner que les seuls animaux domestiques ?

Poser cette question d’éthique c’est y répondre, car si un chien est sensible pourquoi le renard ne le serait-il pas ?

A suivre :

• L’appropriation de la forêt par les chasseurs

• Le nourrissage du sanglier

• La chasse d’espèces en déclin : Perdrix grise et Sarcelle d’hiver

• L’introduction de perdrix et de faisans d’élevage pour la chasse

* http://environnement.wallonie.be/legis/bienetreanimal/bienetre001.html