SA herisson

Un Centre de Soins au cœur de la ville : bilan 2025

Partager cet article

Les Centres de Soins constituent de véritables observatoires privilégiés de l’état de la faune sauvage. À travers les animaux qu’ils accueillent, ils reflètent à la fois la dynamique des populations, les conditions climatiques, les maladies émergentes et l’impact des activités humaines. En milieu urbain, ce rôle est d’autant plus important que la faune y évolue dans un environnement parfois plus hostile. En 2025, le Centre de soins bruxellois a franchi un nouveau seuil, tant par le nombre d’animaux recueillis que par les défis sanitaires, logistiques et humains rencontrés.

Une nouvelle année record

Graph 2026 CDS2

En 2025, 2635 animaux ont été accueillis, toutes catégories confondues. Lorsque l’on considère uniquement les animaux sauvages indigènes, nous observons une très nette augmentation par rapport aux années précédentes (plus de 500 supplémentaires par rapport à 2024 !). Ceci peut être, certainement, expliqué en partie par l’élargissement des horaires d’ouverture du centre, permettant une meilleure accessibilité pour le public. Ces nouveaux horaires ont, en plus, permis une prise en charge plus rapide et plus fréquente des animaux en détresse. Mais nous avons également observé les effets directs et indirects de la sécheresse de cet été, qui a certainement participé à l’augmentation des accueils en 2025. 

Graph 2026 CDS3

Les accueils présentent une forte saisonnalité : comme les années précédentes, les entrées augmentent fortement à partir du mois de mai, avec un pic estival marqué dû à la période de reproduction et l’émancipation des jeunes. L’automne 2025 se distingue toutefois par un afflux prolongé, notamment de pigeons ramiers (Columba palumbus), phénomène inhabituel par son ampleur et sa durée.

Graph 2026 CDS4

Pour la première fois, le taux d’occupation du centre a été analysé. Cet indicateur correspond au nombre d’animaux présents dans le Centre de Soins au même moment. Le pic observé en septembre, avec plus de 200 animaux sauvages présents simultanément, illustre la pression exercée sur les infrastructures et les équipes.

origine des animaux region bruxelloise 2025

La majorité des animaux proviennent de la Région de Bruxelles-Capitale, suivie par le Brabant Flamand. Cette répartition s’explique par le fait que, très logiquement, les découvreurs prêts à sauver un animal, l’apporteront dans le centre de soins le plus proche.  La diversité des communes d’origine souligne que la faune sauvage est présente dans l’ensemble du tissu urbain et périurbain, y compris dans les zones les plus densément bâties de la capitale. Parcs, jardins, friches, berges et infrastructures humaines constituent aujourd’hui des habitats de substitution pour la faune sauvage. Riches en nourriture et en abris, elles sont aussi souvent sources de plus de dangers. 

VC Goeland argente

Une faune très variée

Les oiseaux représentent plus de 80 % des animaux accueillis en 2025, confirmant la tendance des autres années. Les mammifères constituent le reste des accueils, tandis que reptiles et amphibiens restent anecdotiques. Au total, 90 espèces sauvages différentes ont été prises en charge, un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes. Cette diversité témoigne de la richesse de la faune régionale, mais aussi du rôle du Centre pour cette faune, touchant les espèces les plus communes comme les visiteurs occasionnels, souvent plus discrets.

Des espèces discrètes mais révélatrices

Cigogne blanche, Bondrée apivore, Bécassine de marais, Bécassine sourde, Grosbec casse-noyaux ou Sarcelles d’hiver : ces espèces arrivées au centre de soins et plus rarement observées en région bruxelloise témoignent de la richesse insoupçonnée de sa faune.

Top 10 des espèces accueillies au fil des ans

top 10 especes 2025

Nombre de pigeons ramiers accueillis depuis 2015

Le cas emblématique du Pigeon ramier

Comme toujours, le Pigeon ramier domine largement le classement des espèces accueillies. Avec 872 entrées en 2025, il établit un nouveau record. Cette augmentation est multifactorielle : abondance de l’espèce, mais aussi effets des canicules estivales, responsables de chutes prématurées de jeunes et d’un affaiblissement général des individus. De plus, l’année 2025 a été marquée par une recrudescence de la variole aviaire (poxvirose), maladie virale favorisée par la chaleur et l’abondance des insectes vecteurs. Sa propagation rapide au sein du centre a conduit à de nombreux challenges sanitaires et éthiques pour nos soigneuses.

Les causes d’arrivée, un miroir des pressions environnementales

Graph 2026 CDS6

Bien que certaines personnes argumentent que les centres de soins n’ont que peu d’utilité et qu’il vaut mieux « laisser faire la nature », près de 40 % des causes d’arrivée sont directement liées aux activités humaines : collisions contre les vitres, trafic routier, dérangements inutiles, destructions d’habitats et prédation par les animaux domestiques. Ce chiffre est déjà élevé, mais reste largement sous-estimé, puisque près de 48 % des animaux sont arrivés en détresse pour des raisons encore inconnues. La pression exercée sur la faune sauvage est donc très importante, et ne relève pas toujours uniquement de phénomènes naturels. Par notre activité, nous tentons de pallier l’impact de l’Homme en revalidant les animaux, tout en sensibilisant et informant un maximum le public pour limiter cet impact en amont.

Chardonneret elegant

Chardonneret élégant juste après son soft-release ©Lena Peccolo

Saisies de chardonnerets élégants

En 2025, trois saisies de Chardonnerets élégants (Carduelis carduelis) ont été prises en charge par le Centre de Soins. Espèce protégée et très prisée par les tendeurs (braconniers), le chardonneret reste une victime fréquente de la détention illégale. Particulièrement sensibles au stress de la captivité, plusieurs individus n’ont malheureusement pas survécu. Les survivants ont, par contre, pu être relâchés dans la nature, après une période d’adaptation et une vérification de l’absence d’hybridation avec des canaris (auquel leur survie en milieu naturel n’aurait pas été possible).

juvenile mesange

Les particularités des juvéniles

La période de reproduction entraîne chaque année un afflux massif de jeunes animaux. Si une partie de ces prises en charge est justifiée, une proportion non négligeable correspond à des ramassages inutiles, résultant d’une bonne intention de la part des découvreurs, mais aussi d’une méconnaissance du comportement naturel des jeunes oiseaux et mammifères. Ces interventions précoces nuisent aux animaux concernés et constituent une pression supplémentaire sur les capacités du centre. C’est pourquoi nous encourageons le public à se renseigner et à nous appeler avant toute intervention. 

Devenir des animaux et taux de réussite

Graph 2026 CDS7

Le taux de réussite, calculé en excluant les animaux décédés ou euthanasiés dans les 24 premières heures (c’est-à-dire, ceux qu’il nous était impossible de sauver), s’établit à 45 % en 2025. Cette légère baisse par rapport aux années précédentes s’explique en grande partie par la situation provoquée par l’épidémie de poxvirose chez les pigeons ramiers. En effet, en excluant cette espèce pour l’année 2025, le taux remonte à près de 50 %. Ces chiffres rappellent que de nombreux animaux arrivent déjà dans un état critique, limitant les chances de succès malgré la qualité des soins prodigués.

L'histoire particulière d'un jeune écureuil

Un jeune écureuil admis avec une fracture sévère du fémur a bénéficié d’une chirurgie complexe et coûteuse. Les longues semaines de soin ont été éprouvantes pour lui, et des difficultés d’alimentation sont venues compléter le tableau. Nos soigneuses et bénévoles l’ont gavé méticuleusement, plusieurs fois par jour avec une pâtée nutritive, pour maintenir son poids et assurer sa survie. Tout est bien qui finit bien : après rééducation, l’écureuil a pu être transféré vers un centre disposant d’infrastructures adaptées pour une remise en liberté progressive (« soft-release »).

Radio d’un jeune ecureuil

Radio d’un jeune écureuil où on voit clairement un fémur fracturé

jeunes ecureuils en exploration cds

Les jeunes écureuils en exploration dans leur box avant leur transfert pour être relâchés

Conclusion

L’année 2025 confirme le rôle central du Centre de soins pour la faune sauvage dans un contexte urbain soumis à de fortes pressions environnementales. L’augmentation des accueils, les épisodes de canicule et les enjeux sanitaires soulignent la vulnérabilité croissante de la faune sauvage.

Il rappelle également la responsabilité collective de réduire notre impact sur la faune et la biodiversité, par une meilleure cohabitation et une sensibilisation accrue du public.

En ce sens, le Centre de Soins n’est pas seulement un lieu de réparation, mais aussi un observatoire et un outil essentiel pour comprendre les liens complexes entre nature et société.

Finalement, au-delà des chiffres, ce bilan met en évidence l’importance du travail humain : ce n’est qu’avec une solide équipe, et en rassemblant de nombreuses compétences différentes que l’on peut parvenir à donner une seconde chance aux espèces qui nous parviennent. Nous adressons un merci tout particulier à notre équipe de soigneuses Justine, Luna et Emilie (qui nous a rejoints cette année), aux stagiaires Erasmus restés presque toute l’année à nos côtés Floriane, Fabian et Maxime, stagiaire, et, bien sûr, à la cinquantaine de bénévoles qui nous aident au fil des mois ! 

Nous remercions également chacun de nos membres et donateurs, sans le soutien de qui ces sauvetages ne seraient pas possibles.

WhatsApp Image 2026-02-13 at 17.31.34
Design sans titre (24)
PXL_20250109_112955363 - Copie
equipe soigneurs
WhatsApp Image 2026-02-17 at 15.46.42
ecureuil
equipe soigneuses
becasse cds
PXL_20250922_130729558.MPbis
WhatsApp Image 2025-11-09 at 15.49.44

Lire nos autres articles