Notre Ministre de la Nature, René Collin, a récemment proposé d’ouvrir exceptionnellement la chasse en battue aux sangliers en janvier et en février 2018. Pourquoi cette proposition tombe au moment de l’ouverture de la chasse ? Quels en sont les enjeux ? Quels sont les arguments et d’où viennent-ils ? Explications.

Les périodes de chasse

Il existe différents types de chasse (affût, en battue, au vol, etc.) et différentes catégories d’animaux chassables dits « gibier » (grand gibier, petit gibier, gibier d’eau et autre gibier). A certaines périodes, certains « gibiers » peuvent être chassés par certaines techniques… Un cadre légal à respecter par les chasseurs mais il est toujours intéressant pour le promeneur, naturaliste ou d’autres utilisateurs de la forêt de connaître ce calendrier.

http://www.wallonie.be/sites/wallonie/files/publications/depliant_chasse_2016-2021_final.pdf

Chasser le sanglier

Chasser le sanglier à l’approche et à l’affût peut se faire toute l’année, contrairement à la chasse en battue, qui a pour procédé de rabattre les sangliers avec des chiens vers les chasseurs, elle est autorisée du 01 octobre au 31 décembre.

René Collin (cdH), Ministre de la Nature, a récemment demandé une prolongation de la chasse en battue. Son argument est simple: le nombre de sangliers est très élevé engendrant des dégâts importants dans les forêts et dans les champs. Et la proposition qui est celle d’allonger la chasse pour tuer plus de sangliers et donc diminuer leur population semble donc logique…

 

Analyse de la situation

Remontons un peu le temps, prenons de la hauteur et analysons les faits pour comprendre que cette proposition est une hypocrisie jetée à la face d’un bon nombre de citoyens, de naturalistes et de toute les personnes qui aiment passer du temps dans la nature et qui souhaitent, un temps soit peu, la protéger. C’est là que la démocratie flanche et que la politique (le politicien) ne fait pas son job : celui de défendre l’intérêt général, de relever les enjeux du futur et d’avancer des arguments honnêtes.

Comme déjà annoncé, il y a trop de sangliers et il est impératif de faire diminuer leur population qui a quadruplé depuis le début des années 80. Et effectivement, une telle concentration d’individus crée une pression énorme sur les écosystèmes et impacte négativement une série d’espèces.

Pour exemples:

  • les oiseaux nicheurs au sol (comme le pouillot siffleur, l’engoulevent ou encore la très rare Gélinotte des bois, etc.) sont en danger car leurs œufs sont exposés au groin des sangliers (qui sont omnivores et opportunistes), de même pour certains reptiles et batraciens, comme la belle couleuvre à collier.
  • Idem pour les plantes à fleurs qui peuvent être rapidement dévorées comme les orchidées,
  • les jeunes plants d’arbres sont en permanence “broutés” par les sangliers, ils ne peuvent donc grandir… ce qui veut dire que la forêt ne se régénère plus,
  • les dégâts dans les cultures agricoles sont immenses et les pertes pour l’ensemble de la société (de l’agriculteur aux contribuables) sont inadmissibles,

Mais comment se fait-il qu’en seulement quelques dizaines d’années la population de suidés ait augmenté de cette façon ? Il est vrai que l’on chasse de manière plus raisonnée aujourd’hui que jadis et il est aussi vrai que nos hivers plus doux (moins de mortalité et plus de nourriture disponible) favorise leu expansion. Mais ce qu’oublie de dire Monsieur Collin, c’est que la cause majeure de l’explosion de sangliers est leur nourrissage

 

 

La longue histoire du nourrissage

En 2012, le Ministre de la Nature à l’époque Carlo Di Antonio (cdH) élabore un plan stratégique de réduction des populations de grands gibiers. Dans ce plan, une mesure phare limitant le nourrissage « dissuasif » à la période pendant laquelle les cultures sont les plus appètentes pour les sangliers, c’est-à-dire entre le 01 avril et le 30 septembre.  Interdiction donc de nourrir d’octobre à mars ! Une véritable révolution !

En 2014, Monsieur Collin devient Ministre de la Nature. Une de ces premières mesures est alors de réinstaurer le nourrissage toute l’année !

Elle est ici la logique absurde (ou celle qui ne défend que l’intérêt d’une partie de la population : les chasseurs) : Monsieur le Ministre ré-autorise le nourrissage à l’année du sanglier, les sangliers bien nourris se portent mieux et se reproduisent plus, leur démographie explose. Il y en a « trop » et il faut donc plus chasser ! On crée un problème pour le résoudre avec une solution qui nous arrange, au détriment peut-être de toute une société et de la majorité de la population…

 

En tant qu’association qui défend les oiseaux, la nature mais aussi la démocratie, la Ligue s’oppose catégoriquement à cette ouverture exceptionnelle de la chasse en janvier et février 2018, et propose au Gouvernement et au Ministre Collin de s’attaquer à la réelle cause de ce problème, celle du nourrissage des sangliers, en l’interdisant.