Ces derniers mois, quatre grandes villes flamandes ont emboité le pas à plusieurs pays européens et ont interdit les spectacles itinérants mettant en scène des oiseaux de proie. Alors que ces envols ne sont déjà plus autorisés dans la capitale bruxelloise, le ciel wallon continue d’accueillir ces dérives qui contreviennent au bien-être animal et au respect de la vie sauvage. 

Jadis, la fauconnerie était l’art de dresser des oiseaux de proie afin d’attraper du gibier. Aujourd’hui adaptée à notre époque, cette maîtrise ancestrale classée par l’UNESCO est essentiellement utilisée afin d’effaroucher des oiseaux qui, en sur nombre, occasionnent des nuisances. Cependant, certains faussaires n’ont pas hésité à détourner ce savoir-faire et exploitent désormais les rapaces au travers d’activités purement lucratives et récréatives, sans quelconque lien avec les enjeux de la fauconnerie. Tel est le cas des spectacles qui exhibent ces oiseaux sauvages lors de marchés médiévaux, de journées portes ouvertes dans les écoles ou encore lors de cérémonies de mariage.

La Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux juge que ces dérives de prétendus « fauconniers » contreviennent au bien-être des rapaces et travestissent de manière dangereuse leur nature sauvage intrinsèque. La Ligue invite les communes wallonnes à accompagner le récent vent de progrès initié par Anvers, Gand, Ostende et Saint-Nicolas : interdisons enfin les spectacles mettant en scène des oiseaux de proie et, a fortiori, lorsqu’il s’agit de l’exhibition d’espèces nocturnes lors de festivités et d’évènements occasionnels ou saisonniers !

Les arguments

Tout d’abord, ces représentations de rapaces sont une atteinte criante au bien-être animal. Elles transbahutent sur les routes des espèces sauvages et les exhibent à un public bruyant et exubérant. Certains démonstrateurs, plus cruels encore, n’hésitent pas à parader en compagnie de rapaces nocturnes en pleine journée. Avant les spectacles d’envol, les oiseaux sont privés de nourriture afin de motiver leur retour au près de leur geôlier.  En dehors de ces « moments de liberté » factices, les rapaces sont tantôt encagés, tantôt attachés.

Par ailleurs, il est légalement approuvé que les animaux issus d’espèces sauvages n’ont plus leur place dans les cirques et les expositions itinérantes depuis 2014 [1]. Cette résolution s’appuie sur  la reconnaissance que ces structures ne sont pas à même de répondre aux besoins éthologiques de tels animaux. Selon la Ligue, cette vérité devrait aussi s’appliquer aux démonstrations itinérantes employant des oiseaux de proie lors de festivités.

Cette décision a également mis en évidence que l’exploitation d’animaux sauvages au travers de spectacles revêt un rôle éducatif incohérent et obsolète. Etant captifs, ces « acteurs » à plumes ne peuvent présenter un comportement normal ou naturel. De plus, les documentaires, les plateformes internet et les diverses excursions ornithologiques offrent des alternatives modernes pour s’ouvrir au monde sauvage tout en le respectant davantage. Par exemple, le projet « Faucon pour tous » est un bel exemple d’utilisation de la technologie pour découvrir en HD le cycle de nidification de trois couples de Faucons pèlerins installés à Bruxelles.

D’autre part, ces représentations de rapaces véhiculent une perception erronée et dangereuse : elles maquillent la nature sauvage d’animaux en celle de compagnons domestiques. Elles sont à l’origine d’achats de rapaces souvent malavisés par les particuliers. Par ailleurs, la détention d’oiseaux de proie est encore mal encadrée puisque aucune vérification de l’aptitude des particuliers à manipuler de tels animaux n’est exigée. L’horizon de l’oiseau se limite alors souvent à la vue de ses barreaux.

L’engouement des démonstrateurs et des particuliers pour les rapaces génère également une pression sur ces espèces suite à leur commercialisation et au trafic illégal. Par exemple, en Indonésie, la popularité des hiboux et des chouettes en tant qu’animaux de compagnie incite à leur capture en pleine nature. Cet emballement pourrait être lié à la frénésie des adeptes d’Harry Potter et risque de compromettre le statut de conservation de certaines espèces [2].

Pour terminer, ces envols d’oiseaux de proies sont aussi susceptibles d’engendrer un impact écologique en perturbant les oiseaux alentours ainsi que le reste de la faune locale. Ce risque étant décuplé lors de l’évasion de ces rapaces.

Notre démarche

La Ligue souhaite sensibiliser les citoyens face à ces dérives exploitant des rapaces. Nous les invitons à découvrir et à apprécier le monde sauvage sans participer à la captivité de ces espèces.

Par ailleurs, face à l’avancée des mentalités en matière d’éthique et de bien-être animal, nous avons adressé une lettre aux Collèges des Bourgmestres et Echevins de chaque commune wallonne afin qu’ils interdisent les démonstrations d’oiseaux de proie et a fortiori, l’exhibition de rapaces nocturnes lors de festivités et d’évènements occasionnels ou saisonniers.

Nous prions également le Conseil wallon du bien-être animal de dresser une liste d’établissements autorisés à la détention de rapaces et de définir des critères de qualité permettant d’évaluer la capacité des détenteurs à respecter ces animaux. Nous souhaitons aussi que les rapaces soient exclus de la future liste positive spécifiant les espèces d’oiseaux pouvant être détenues par les particuliers. Nous avons fait part de ces recommandations au Ministre Di Antonio et nous espérons qu’elles seront prises en considération dans le nouveau projet de code wallon du bien-être animal.

Références

[1] Article 4 de l’Arrêté Royal du 11 février 2014 modifiant l’arrêté royal du 2 septembre 2005 relatif au bien-être des animaux utilisés dans les cirques et les expositions itinérantes.
[2] Nijman, V., & Nekaris, K. A. I. (2017). The Harry Potter effect: The rise in trade of owls as pets in Java and Bali, Indonesia. Global Ecology and Conservation, 11, 84–94. https://doi.org/10.1016/j.gecco.2017.04.004