Pour estimer le prélèvement sur les anatidés des marais d’Harchies lors de la seule journée de l’ouverture de la chasse aux gibiers d’eau en
France, qui a traditionnellement lieu en plaine le 21 août, des dénombrements sont réalisés avant et après cette date.
La différence entre les comptages indique le nombre d’oiseaux tués. En 2025, la veille du début de la chasse, 560 anatidés ont été évalués. Le lendemain, ils n’étaient plus que 68. Soit une différence de 492 canards en moins sur une période de 24 heures.
Chaque année, des centaines de canards venant des marais belges sont tués à des seules fins d’agréments et de loisirs. Ces oiseaux sont massacrés sans discrimination d’âge ou de sexe. Au début de la saison de la chasse, les canards et tout particulièrement les halbrans (jeunes canards sauvages) n’ont pas encore acquis le réflexe de fuite leur permettant d’éviter les zones de tir pour des sites de gagnage libres d’activités cynégétiques. Ils ne survivront pas à la date fatidique du 21 août.
Dès les premiers coups de feu, l’ambiance n’est plus du tout la même sur le poste d’observation. Le silence est pesant parmi les volontaires qui, l’estomac noué, observent impuissants les oiseaux tomber, les uns après les autres, lorsqu’ils passent au-dessus des étangs de chasse. Les vols qui auparavant étaient ordonnés et prévisibles sont désorganisés. Le chaos s’est installé. Les bandes de canards volent alors d’un étang à l’autre, tentant coûte que coûte de s’y poser au péril de leur vie. Seuls quelques-uns arriveront à se sortir de cet enfer de grenailles de fusils.
D’autres espèces présentes dans la zone humide française, qui était encore très accueillante quelques heures auparavant, comme les ardéidés, la Spatule blanche ou le Vanneau huppé sont également perturbés et s’enfuient en vols chahutés.
Le compteur à clics utilisé pour évaluer les coups de fusil s’emballe pour atteindre le nombre de 1375 en un peu plus d’une heure qu’a duré la passée du soir (terme qui désigne les vols entre une zone de repos la journée et une zone de nourrissage). Il est quasi impossible pour un colvert de passer au travers de cette zone de guerre aviaire sans être blessé ou abattu.