Chasse – Les vérités alternatives

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Nous connaissons tous les climato-sceptiques, ceux-là même qui à contre-courant de la majorité des scientifiques, nient l’implication de l’homme dans le réchauffement climatique et pour qui le phénomène constaté ne serait dû qu’à des cycles séculaires qui se répètent invariablement sans que l’influence humaine n’y soit pour grand-chose.

Ce doit être très contagieux ce scepticisme maladif, car nous constatons que nos ministres successifs de la chasse, de José Happart à Willy Borsus en passant par Benoît Lutgen et René Collin sont touchés par la maladie dans sa variante non pas «climato-», mais «nourrisso-sceptique». Seul le Ministre Di Antonio en a réellement été préservé.  En effet, si le décret sur la chasse prévoit un nourrissage dissuasif du sanglier pour éviter que celui-ci ne fasse des dégâts aux cultures, force est de constater que ce dispositif a été largement détourné par du nourrissage toute l’année avec des quantités importantes d’aliments permettant de maintenir des populations conséquentes de sangliers en déséquilibre total avec ce que la forêt peut accueillir sans dégradation de la biodiversité. Cela va à l’encontre de l’intérêt général mais cela permet de donner du plaisir à tuer de nombreux sangliers  pour une toute petite frange de la population s’adonnant à ce loisir indigne du bien-être animal et de notre société d’aujourd’hui. Le Ministre Di Antonio l’avait bien compris mais on lui a rapidement retiré ce portefeuille de la chasse pour qu’il ne puisse mettre à exécution son projet d’arrêt du nourrissage pourtant adopté par le Gouvernement.

Tout comme le lobby chasse par la voix de sa principale fédération, qui pourrait bien être le vecteur contaminant de cette maladie qui touche nos ministres, ceux-ci ne voient dans les folles densités de sangliers que les seules conséquences d’hivers doux, de fructifications forestières à répétition, de cultures attractives à proximité des forêts, … le chasseur-nourrisseur/gaveur n’y étant d’après eux pour rien. Et le nourrissage « dissuasif » (en réalité intensif) finalement une cause très accessoire comme le disait le Ministre Collin lorsqu’il sortit aux journalistes qui l’interrogeaient sur le sujet sa phrase passée dans l’anthologie de l’absurde: « Le nourrissage n’a qu’une incidence marginale sur les populations de sangliers ».

Monsieur le Ministre Borsus dans son interview au journal L’Avenir du 12 décembre estime quant à lui que, le nourrissage n’étant qu’une des causes parmi d’autres de la prolifération de sangliers, il n’y a aucune raison de l’interdire (!!!), contre pourtant les avis répétés et insistants depuis des années des scientifiques du DEMNA, de l’AFSCA, de l’European Food Safety Authority EFSA, du Standing Group of Experts on African swine fever in Europe, des deux fédérations agricoles, des associations environnementalistes et du collectif de 56 associations « Stop-dérives-chasse », de certains sylviculteurs et d’une partie des chasseurs les plus progressistes ! 

De plus, lors des Ateliers de la Biodiversité*, point 12 thématique forêts, organisés par le Ministre Collin, il était souligné ceci: 

1) Le premier enjeu vise à « Atteindre un équilibre forêt gibier dans les zones d’excès de grand gibier via une gestion adaptée de la grande faune et de son habitat » ;

2) « La problématique du nourrissage dissuasif reste un point d’attention. Son recours permet de maintenir des populations trop denses localement ».

Les avis des scientifiques et des principaux lésés par cette pratique contre-productive, induisant l’effet inverse de ce qui était escompté au départ par la législation, semblent ne jamais faire craindre aux sceptiques de tous bords, de se ridiculiser, qu’ils soient « climato- » ou « nourrisso-sceptiques » !

Le déni, la négation et la non-prise en compte des nombreux avis scientifiques n’ont jamais fait reculer les sceptiques et ne semblent ni les émouvoir ni les faire changer d’avis.

Mais, après tout ne sommes-nous pas dans l’ère des « vérités alternatives » qui semblent partout dans le monde prendre le pas sur le simple bon-sens ?

Le Collectif « Stop Dérives Chasse ».

* Source : Rapport au Gouvernement et au Parlement wallon / http://biodiversite.wallonie.be/fr/wallonie.html?IDC=6235  Ateliers biodiversité -rapport-20190426-1