Yves Coppieters est ministre wallon de l’Environnement. Il est donc impossible de considérer la crise de la biodiversité comme une question relevant uniquement d’un autre portefeuille ministériel. Surtout qu’il est également ministre de la santé ! La biodiversité, la qualité des milieux naturels, l’eau, les sols, la résilience des territoires et le changement climatique sont intimement liés. Pour notre santé. La question n’est donc pas de savoir quel ministre est juridiquement compétent pour telle ou telle ligne budgétaire.
La question est : qui porte politiquement la responsabilité de faire de l’environnement une priorité du Gouvernement ?
Le Gouvernement wallon est un gouvernement MR–Engagés. Il dispose d’une majorité. Il dispose des leviers budgétaires. Il dispose des administrations. Il dispose des compétences. Il dispose donc des clés. Il n’a plus d’excuse.
Nous refusons le syndrome de la catastrophe
Ce qui est insupportable, c’est cette politique qui consiste à attendre la catastrophe pour débloquer des moyens. Une forêt brûle : on mobilise. Une inondation survient : on débloque des crédits. Une espèce disparaît : on lance une étude. Une zone humide s’assèche : on constate. Un habitat naturel s’effondre : on prépare un plan. Puis, lorsque la crise médiatique disparaît, les priorités budgétaires changent. Ca me rappelle la période de la COVID…
Ce n’est pas une politique de prévention. C’est une politique de réparation. Et elle coûtera toujours plus cher. Le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité ne sont pas deux crises séparées. Ils se renforcent mutuellement. Et plus nous attendons, plus la facture sera lourde.
Alors oui, nous demandons des moyens.
Pas des effets d’annonce. Pas des visites ministérielles. Pas des photos. Pas des discours. Des moyens. Des moyens pour le DNF. Des moyens pour les réserves naturelles. Des moyens pour la restauration des habitats. Des moyens pour les zones humides et les tourbières. Des moyens pour prévenir les incendies et adapter les forêts au climat qui vient. Des moyens pour acquérir et protéger des terrains. Des moyens pour les associations environnementales qui constituent un véritable bras armé de l’action publique. Des moyens pour appliquer concrètement le règlement européen sur la restauration de la nature. Des moyens pour la connaissance scientifique et le suivi de la biodiversité. Et surtout, une stratégie pluriannuelle, qui ne soit pas remise en cause à chaque conclave budgétaire.
Nous demandons un changement de logiciel
La nature ne fonctionne pas au rythme des élections. Une forêt ne se restaure pas en six mois. Une tourbière ne se recrée pas en un exercice budgétaire. Une population d’oiseaux ne se reconstitue pas parce qu’un ministre annonce une mesure. La biodiversité se construit sur dix, vingt, trente ans. La politique doit donc enfin apprendre à penser à vingt ans plutôt qu’à l’année budgétaire suivante. Et à la photo immédiate à faire.
Le Gouvernement wallon affirme lui-même vouloir renforcer durablement la biodiversité. Il a inscrit 5,54 millions d’euros récurrents supplémentaires à son budget 2026. C’est un pas. Mais ce n’est pas à la hauteur de l’effondrement que nous constatons. Lorsque 95 % des habitats naturels sont dans un état défavorable, lorsque les oiseaux des campagnes ont perdu plus de la moitié de leurs effectifs et lorsque les incendies prennent désormais une ampleur exceptionnelle, 5,54 millions d’euros (tellement peu !) ne peuvent pas constituer le point d’arrivée de notre ambition. Ils doivent constituer le début d’un effort beaucoup plus massif.