Le Hibou grand-duc avait quasiment disparu de Belgique après avoir été persécuté par le monde de la chasse qui l’a longtemps considéré comme un oiseau de malheur ou comme un concurrent. S’il l’on additionne à cela, la dégradation et la fragmentation écologique de son habitat, les tirs de braconniers, les pesticides, les accidents liés à l’activité humaine et la pollution lumineuse, ce rapace nocturne finira par disparaître de Wallonie dans le courant de la première moitié du 20e siècle. Grâce à un vaste programme de réintroduction qui a débuté en 1960 en Allemagne et à une protection juridique de l’espèce, il fera son retour en Wallonie en 1982. Progressivement, il recolonisera le territoire et aujourd’hui, on peut le trouver dans quasiment toutes les carrières ou sur les parois rocheuses qui se prêtent à la nidification du roi de la nuit. 

Du haut de ses 75cm, le grand-duc est le plus grand des rapaces nocturnes d’Europe. Ses grandes ailes duveteuses lui permettent un vol silencieux pour capturer des proies aussi grandes que des faons, lapins, hérissons… et ce, malgré son envergure pouvant aller de 160 à 188 cm ! Il n’est pas rare de le croiser proche des humains, dans certains villages voire dans certaines villes mais une chose est certaine, il n’est pas présent à Bruxelles. Pourtant celui-ci a atterri au Centre de Soins pour la Faune Sauvage de Bruxelles géré par la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux, après avoir été retrouvé au sol en plein centre ville, entre le musée de la BD et la Banque Nationale. Comment cela se fait-il ? 

Plusieurs possibilités pourraient expliquer son accident mais l’une d’entre elles semble plus probable. Tout d’abord, il faut savoir que ces oiseaux peuvent parcourir de longues distances pour trouver un nouveau territoire et parfois passer au-dessus de la capitale. L’activité humaine, l’urbanisation et notamment la construction de très hautes tours ont un effet désastreux sur les oiseaux qui traversent la ville de nuit. Les soigneuses du Centre de Soins pour la Faune Sauvage de Bruxelles le constatent à chaque période de migration et durant toute l’année avec les rapaces nocturnes dont la vision est perturbée par la pollution lumineuse. Les oiseaux migrateurs passent au-dessus de la ville par millions et régulièrement percutent la façade vitrée d’une tour ou d’un immeuble. 

Nadège Pineau Responsable du Centre de Soins de Bruxelles : 

“Grâce à la radio réalisée par notre vétérinaire bénévole, le Dr Lemmens, nous avons constaté qu’il souffrait d’une fracture de l’aile au niveau du cubitus. Une chance pour lui puisque cette blessure est résorbable, ce qui n’est pas toujours le cas.”

Il est grand temps que des mesures de protection soient prises afin de faciliter la traversée de Bruxelles par les oiseaux. Favoriser un maillage vert, bleu et noir, préserver des zones ouvertes comme les friches qui permettent aux oiseaux de se reposer, se nourrir et passer plusieurs jours en toute sécurité avant de repartir en migration, végétaliser les façades afin d’éviter les collisions et offrir des abris, … 

La situation empire d’année en année et si rien n’est fait, les répercussions sur la faune sauvage seront de plus en plus importantes. Le nombre d’accueils au Centre de Soins pour la Faune Sauvage de Bruxelles ne cesse d’augmenter, le record a d’ailleurs été battu de janvier à septembre 2020 avec déjà 2500 animaux recueillis sur cette période.

La Ligue a besoin plus que jamais du soutien et de la générosité de la population afin de pouvoir continuer à sauver les animaux trouvés en détresse à cause de l’activité humaine. En effet, le travail colossal réalisé au Centre, ne peut l’être que grâce aux dons, legs et nouveaux membres de la Ligue. 

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