SA harchies merci

700 MERCIS !

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Un cortège long de 1,4 km ! Nous étions plus de 700 pour dire stop au massacre des oiseaux des Marais d’Harchies ce vendredi 21 août 2026, soir de l’ouverture de la chasse au gibier d’eau en France. Nous osions à peine espérer 500 participants, mais vous avez répondu à l’appel et dépassé toutes nos attentes.
Malgré le vent, la pluie et les kilomètres, vous êtes venus en nombre pour vous indigner face à cette situation qui n’a que trop duré. Merci à vous.
Nous avons, ensemble, rendu hommage aux 500 oiseaux tués chaque année le soir de l’ouverture de la chasse, et notre message a largement dépassé les frontières : nous voulons des politiques cohérentes de protection de la biodiversité, et cela commence par le fait de mettre fin au massacre des espèces qui évoluent en toute quiétude en Belgique, mais sont attirées et décimées en France.
Grâce à vous, nous avons franchi une étape importante dans ce combat. Nous lui avons donné de la visibilité et montré qu’une partie importante de la société civile refuse que la biodiversité et les oiseaux migrateurs soient sacrifiés.

 700 personnes ont parlé. Maintenant, les politiques doivent répondre.

Nos prises de contact avec les responsables politiques, notamment avec le Préfet du Nord, se poursuivent. Nous maintenons la pression.
Merci pour votre présence, votre enthousiasme, votre détermination et votre confiance.
La mobilisation continue. Et ensemble, nous ne lâcherons rien.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis de la nature,

Chers défenseurs des oiseaux,

Merci. Merci d’être là aujourd’hui. Merci d’être venus de Belgique, de France et d’ailleurs pour dire une chose très simple :

ÇA SUFFIT !

Ça suffit de regarder mourir des oiseaux que nous avons passé des années à protéger. Ça suffit de laisser une frontière administrative devenir une frontière de mort. Et ça suffit de laisser la chasse passer avant la protection de la biodiversité !

Regardez autour de vous. Les Marais d’Harchies sont un joyau. 550 hectares de zones humides. Un site Natura 2000. Une Zone de Protection Spéciale. Une zone humide d’importance internationale reconnue par la Convention de Ramsar. Un lieu de reproduction. Un lieu de halte migratoire. Un lieu d’hivernage. Un refuge pour des milliers d’oiseaux. Et pourtant… À quelques centaines de mètres d’ici, de l’autre côté de la frontière, certains de ces oiseaux deviennent des cibles.

Et il faut rappeler une réalité fondamentale : les oiseaux, eux, ne connaissent pas la frontière ! Un canard qui se nourrit à Harchies ne demande pas son passeport avant de traverser vers Saint-Aybert. Un oiseau qui passe la frontière ne sait pas qu’en Belgique il est protégé et qu’en France il peut devenir une cible. Il suit simplement son comportement naturel. Il quitte les marais où il se repose. Il vole vers les zones où il peut se nourrir. Et c’est précisément à ce moment-là qu’il rencontre les chasseurs. C’est cela, le scandale d’Harchies.

Nous protégeons les oiseaux d’un côté de la frontière… et ils sont abattus de l’autre.

Et cette année encore, nous avons compté. Ces derniers jours, les comptages réalisés sur les marais montrent chaque soir entre 500 et 1000 oiseaux. Vous avez bien entendu : entre 500 et 1000 chaque soir !

Imaginez cette richesse. Imaginez ce spectacle. Et imaginez maintenant ce qui peut se passer quelques heures plus tard. Lors de l’ouverture, les chiffres sont terribles.

Environ 1 000 coups de feu en une heure et demie. Et environ 500 oiseaux tués. Ce ne sont pas des impressions. Ce sont des chiffres issus des observations réalisées sur le terrain. Et en 2025, la veille de l’ouverture, 560 anatidés avaient été comptés. Le lendemain, il n’en restait plus que 68. 492 oiseaux de moins en vingt-quatre heures. Alors oui, nous avons le droit de parler de massacre. Parce que lorsqu’une population d’oiseaux s’effondre de cette manière en quelques heures, il faut avoir le courage de regarder la réalité en face.

Et pendant ce temps, partout autour de nous, la biodiversité s’effondre. En Wallonie, les populations de 81 espèces d’oiseaux communs ont diminué de 35 % depuis 1990. Et pour les oiseaux des milieux agricoles, c’est pire encore : plus de 54 % de diminution depuis 1990. Plus d’un oiseau sur deux disparu. En France, les oiseaux communs spécialistes ont perdu environ un tiers de leurs effectifs entre 1989 et 2024. Un tiers !

Et dans ce contexte, que faisons-nous ? Nous continuons à tirer. Nous continuons à accepter la destruction d’oiseaux sauvages. Nous continuons à considérer qu’une activité de loisir peut justifier la mortalité de centaines d’animaux en quelques heures. Non !

Et parlons aussi d’argent public. La Wallonie a investi 1,4 million d’euros entre 2022 et 2024 pour restaurer les habitats des Marais d’Harchies. Et plusieurs millions d’euros supplémentaires ont été mobilisés par l’Union européenne au travers du programme LIFE.

Pourquoi ? Pour restaurer les habitats. Pour préserver les zones humides. Pour favoriser les espèces. Pour restaurer la biodiversité. Et après avoir dépensé des millions pour sauver la nature… on laisse quelques centaines de mètres plus loin des chasseurs détruire en quelques heures une partie du résultat !

Cela n’a aucun sens. C’est un gaspillage écologique. C’est un gaspillage d’argent public. Et c’est surtout une absurdité politique.

Alors aujourd’hui, nous interpellons les responsables. Nous interpellons les autorités wallonnes. Madame la Ministre Anne-Catherine Dalcq, vous êtes en charge de la Nature et de la Chasse. Nous vous demandons d’agir. Bougez ! Nous interpellons également le ministre Yves Coppieters. Bougez ! Nous demandons au Gouvernement wallon de défendre réellement les oiseaux qu’il prétend protéger. Et nous le disons aussi clairement au MR et aux ENGAGES : il faut arrêter de regarder ailleurs. La biodiversité ne peut pas être sacrifiée chaque fois qu’il faut ménager quelques intérêts électoraux ou cynégétiques. La biodiversité n’est pas une variable d’ajustement politique.

Mais notre message traverse aussi la frontière. Nous interpellons les autorités françaises. Nous interpellons le Gouvernement français.

Nous interpellons la ministre française de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, Monique Barbut. Et surtout, ici, dans le Nord : Monsieur le Préfet du Nord Bertrand Gaume, nous vous interpellons directement. C’est vous qui avez le pouvoir de fixer les règles de chasse dans le département. C’est vous qui pouvez prendre une décision.

Et notre demande est parfaitement claire : nous voulons une zone d’exclusion de la chasse aux oiseaux et de l’agrainage dans un rayon de 1 500 mètres autour des Marais d’Harchies. 1 500 mètres. Ce n’est pas demander la fin de toute chasse dans le Nord. Ce n’est pas demander l’impossible. C’est demander une zone de protection cohérente autour d’un site naturel internationalement reconnu. Et à ce jour, vous êtes aux abonnés absents !

Et nous ne parlons pas seulement de morale. Nous parlons aussi de droit. Les Marais d’Harchies et les zones humides françaises voisines sont concernées par la Convention de Ramsar. Cette convention demande aux États de favoriser l’accroissement des populations d’oiseaux d’eau et prévoit une coopération lorsque les zones humides sont transfrontalières. La Directive Oiseaux impose également d’éviter les perturbations significatives et prévoit que la chasse ne compromette pas les efforts de conservation. Et il y a aussi la réglementation européenne sur le plomb dans les zones humides. Depuis 2023, l’utilisation et la possession de munitions contenant du plomb sont interdites dans les zones humides et dans un rayon de 100 mètres. Enfin, nous avons dénoncé des pratiques comme l’agrainage en période de chasse, alors que le Schéma départemental de gestion cynégétique du Nord l’interdit dans les zones humides.

Le droit existe. Les textes existent. Les engagements existent. Les investissements existent. Les scientifiques existent. Les associations existent. Les citoyens sont là. Alors maintenant… où est la volonté politique ?

Sans compter que nous ne voulons pas ajouter une pression supplémentaire avec la chasse alors que la sécheresse est là. Nous allons tout à fait dans le sens de la LPO qui demande le report de la chasse aux oiseaux d’eau cette année.

Et je veux être très clair sur une chose. Nous ne sommes pas ici contre les Français. Nous ne sommes pas ici contre les chasseurs en tant que personnes. Nous sommes ici contre une pratique qui, à cet endroit précis, produit des conséquences absurdes et dramatiques. Nous sommes ici pour les oiseaux. Pour les canards. Pour les jeunes oiseaux qui viennent à peine d’acquérir leur indépendance. Pour les oiseaux migrateurs. Pour les générations futures. Et pour une idée toute simple : une frontière ne doit jamais permettre de contourner la protection de la nature.

Je veux maintenant remercier toutes les associations qui ont répondu présentes. Natagora. La LPO Hauts-de-France. Le Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord – Pas-de-Calais. Canopea. GAIA. Les Cercles des Naturalistes de Belgique. Ardenne & Gaume. Nos Viventia et le militant Pierre Rigaux. Et bien entendu la Ligue Royale Belge pour la Protection des Oiseaux, et toute mon équipe, qui mène ce combat. Et toutes celles et ceux qui nous soutiennent.

Mais je veux adresser un merci tout particulier à nos amis français. Parce que vous êtes ici pour défendre une nature qui est aussi la vôtre. Vous nous montrez quelque chose d’essentiel : la protection de la biodiversité n’a pas de nationalité.

Et à vous toutes et tous qui êtes présents aujourd’hui : regardez le nombre que nous sommes. Écoutez notre voix.

Et souvenez-vous d’une chose : nous ne lâcherons rien. Nous ne lâcherons rien aujourd’hui. Nous ne lâcherons rien demain. Nous ne lâcherons rien l’année prochaine. Et nous ne lâcherons jamais. Parce que pendant que certains comptent leurs cartouches, nous, nous comptons les oiseaux. Et tant qu’il restera un oiseau à défendre, nous serons là. Tant qu’une zone humide sera menacée, nous serons là. Tant qu’une frontière permettra de tuer les oiseaux que nous protégeons, nous serons là. Et tant que les responsables politiques n’auront pas compris, nous reviendrons. Plus nombreux. Plus déterminés. Plus forts.

Alors aujourd’hui, ensemble, faisons entendre notre voix ! Pour Harchies ! Pour les oiseaux ! Pour les zones humides ! Pour la biodiversité ! Pour une nature sans frontières ! ÇA SUFFIT ! NOUS NE LÂCHERONS RIEN ! JAMAIS !

Merci à toutes et à tous. En avant, marchons vers la France pacifiquement. En silence. Comme un cortège funèbre. Respectons la nature.

Jean-François Buslain

Directeur de la LRBPO

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