De la prudence à l’efficacité : vers un piégeage réellement sélectif.
À ce jour, la stratégie wallonne ne préconise pas le piégeage à grande échelle des fondatrices, invoquant le manque de preuves scientifiques solides et le risque élevé pour les espèces non ciblées. Cette prudence est compréhensible, tant les pièges mal conçus peuvent avoir des effets délétères sur l’entomofaune [10].
Toutefois, la Wallonie prend clairement position en faveur de l’interdiction des pièges à noyade. En effet, ces pièges sont trop peu sélectifs et entraînent la capture de beaucoup d’autres insectes comme les abeilles sauvages ou les reines de bourdon.
En France, où le frelon asiatique est présent depuis plus longtemps, des études ont montré que le piégeage de printemps, limité dans le temps (mars à mai) pouvait contribuer à réduire le nombre de nids [11].
La loi française visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique, entrée en vigueur le 15 mars 202512, fixe des orientations nationales
pour un piégeage sélectif de l’espèce. Ces orientations sont détaillées dans le plan national de lutte contre le frelon asiatique, qui encadre strictement les pratiques de piégeage. Le plan français suggère ainsi d’utiliser des pièges de type nasses, équipés de cônes d’entrée et avec une séparation entre l’appât et la partie de capture. Ce dispositif permet de retenir les fondatrices et les ouvrières tout en laissant échapper un maximum d’espèces non-cibles. Comme le souligne Renaud Delfosse, un autre avantage des nasses réside dans le fait que l’on puisse les placer dans un congélateur pendant environ 5 minutes. Selon lui, « cela permet de sélectionner les insectes piégés mais non désirés en endormant l’ensemble des animaux par le froid. Après quelques minutes au congélateur, on peut faire le tri sans danger et ressortir les non désirés tout en laissant les FA. Il est impossible de faire ce tri avec de grands pièges et donc, les victimes collatérales finissent aussi par mourir, même si le piège est ‘non létal’ ».
Pour l’appât, le plan français préconise un mélange sucré composé de 1/3 sirop de fruits rouges, 1/3 bière et 1/3 vin rouge, le vin rouge ayant l’avantage de repousser les abeilles.
Le piège doit être placé au soleil, à l’abri du vent, à proximité d’une source de nourriture (fleurs printanières, arbres et arbustes mellifères en fleur), d’un composteur ou d’une source d’eau, et idéalement près d’anciens nids ou de ruchers affectés. Il doit être installé à une hauteur comprise entre 1,20 m et 1,50 m, pour la sécurité des enfants et la facilité de surveillance, avec une orientation Sud/Sud-Est et une légère inclinaison vers l’avant pour permettre l’évacuation de l’eau [13].
A défaut d’avoir adopté un plan de stratégie précis sur le piégeage à effectuer, la Wallonie invite les citoyens à se renseigner auprès du CRA-W afin d’identifier les méthodes de piégeage les plus efficaces et les plus sélectives.
En 2023, le CRA-W a perfectionné un modèle de couvercle de piège (modèle T082), initialement conçu pour l’impression 3D. Après une série de tests en laboratoire, les orifices d’entrée et de sortie ont été calibrés avec une grande précision: ils permettent de retenir le frelon asiatique, de laisser ressortir la majorité des autres insectes et d’empêcher l’entrée du frelon européen. Afin de garantir la constance des dimensions et de réduire les coûts de production, le modèle a ensuite été fabriqué par injection plastique.
Dans le cadre du Plan frelon, le CRA-W a distribué 6 524 pièges aux apiculteurs au printemps 2024, sur l’ensemble du territoire wallon, afin d’évaluer en conditions naturelles leur efficacité ainsi que leur sélectivité vis-à-vis des espèces non ciblées.
En 2024, parmi les insectes capturés par les 6 524 pièges distribués, 67% étaient des fondatrices de frelons asiatiques. Ce taux de sélectivité est particulièrement satisfaisant au regard de la littérature scientifique, où les autres pièges dépassent rarement 30% [14].
En 2025, les résultats se sont encore améliorés: 83% des insectes effectivement capturés (hors insectes simplement de passage) étaient des fondatrices de frelon asiatique. Ces chiffres confirment l’efficacité et la sélectivité du piège à couvercle développé par le CRA-W15.
Ce piège est disponible à la vente pour les particuliers, mais uniquement par lot de 5 000 unités auprès de l’entreprise Plastiqual, ce qui représente un coût important. Le CRA-W recommande donc aux particuliers, communes et associations de se regrouper pour effectuer une commande.
Il est ainsi conseillé d’en parler à votre commune ou de prendre contact avec l’entreprise (contact@plastiqual.be) pour réaliser une commande groupée de ces pièges développés par le CRA-W.