Cher/Chère Membre,
La nature qu’on assassine… mais qui résiste.
Nous sommes en train d’assister à une tragédie silencieuse. Les champs se vident de leurs oiseaux, les insectes disparaissent dans l’indifférence générale, et les forêts deviennent des cimetières de biodiversité. Ce n’est plus une simple alerte : c’est un cri d’alarme. Depuis plus d’un an, la nature encaisse coup sur coup les renoncements politiques et les reculs législatifs. La crise agricole actuelle n’est qu’un écran de fumée derrière lequel certains intérêts s’activent pour démanteler des années de protection environnementale.
La LPO France, tout comme nous, l’a bien compris et dénonce, à juste titre, ce « deuil » imposé à la nature. Elle a lancé une grande mobilisation en réaction aux régressions environnementales qui s’enchainent depuis plus d’un an sur fond de crise agricole. Cette action symbolique a pour objectif de sensibiliser au danger des politiques publiques qui négligent la biodiversité, et de faire entendre la voix des citoyens et des acteurs de la protection de la nature face à un renoncement préoccupant pour notre avenir commun.
Comment accepter que, sous couvert de sauver l’agriculture, on sacrifie les haies, les zones humides, les espèces protégées ? Comment tolérer ces décisions qui détricotent méthodiquement les maigres filets de sécurité qui maintenaient encore un semblant d’équilibre écologique ?
Et puis, il y a le modèle trumpiste, bien vivant, qui symbolise jusqu’à la caricature le déni climatique et le mépris des enjeux de la biodiversité. Sous la présidence de Trump, les reculs en matière de protection de l’environnement marque un tournant inquiétant, affaiblissant les règles censées préserver nos biens communs les plus précieux. Nous avons voulu le symboliser par un dessin humoristique de Sten dans ce numéro de « L’Homme et l’Oiseau » que vous tenez en main. Trump et ses semblables nourrissent une idéologie dangereuse, celle du profit immédiat, du rejet de la science, du saccage assumé des ressources naturelles. Ce cynisme traverse les frontières et contamine même les démocraties les plus avancées.
Mais voilà, la nature est battue, mais pas vaincue. Car face à ces coups de boutoir, des milliers de voix s’élèvent. Citoyens, scientifiques, associations, jeunes générations : la résistance est là, bien vivante, créative et déterminée. L’espoir réside dans cette énergie collective qui refuse la fatalité. La nature a cette force incroyable de se relever dès qu’on lui en donne l’occasion. Mais pour cela, il faut cesser de la piétiner. Il faut hausser le ton, occuper l’espace public, interpeller sans relâche ceux qui décident, et faire comprendre que l’effondrement de la biodiversité n’est pas une option, mais un suicide collectif. Partout dans le monde, des initiatives locales redonnent vie à des espaces dégradés, recréent des corridors écologiques, réensauvagent des territoires oubliés. Et les centres de soins pour la faune sauvage y contribuent, comme vous le lirez dans ces pages. L’Europe, malgré les régressions visibles ici et là, reste également porteuse de projets ambitieux pour restaurer la nature et lutter contre la disparition des espèces.
Alors oui, la nature est en deuil, mais elle est aussi en résistance. La nature, même blessée, conserve une formidable capacité de résilience. Donnons-lui l’espace et le temps de se régénérer. Nous n’avons pas le droit de nous résigner. Ce combat n’est pas celui d’une poignée de militants, mais bien celui de toute une humanité soucieuse de préserver l’essence même de la vie. À nous de choisir : être spectateurs d’un désastre ou artisans d’un sursaut salvateur. Entre deuil et espoir, la nature attend notre engagement. Nous, à la Ligue, avec vous et votre soutien, on a choisi !
Nous vous espérons en bonne santé. Prenez soin de vous. Merci pour votre soutien. Merci pour votre fidélité.
Jean-François Buslain, Directeur