Un problème si fréquent ?

page55image2773898736On estime qu’aux Etats-Unis, il y a plus d’oiseaux qui meurent suite aux collisions avec des surfaces vitrées que lors des pires accidents pétroliers. Alors que ces catastrophes pétrolières sont épisodiques, les collisions mortelles contre les vitres arrivent partout et tous les jours. Hans Schmid, de la Station Ornithologique Suisse de Sempach, estime que « c’est l’un des plus grands problèmes de protection des oiseaux de notre monde urbanisé ».

Chaque année, en Belgique, les victimes se comptent en centaines de milliers. Ces petits drames solitaires n’attirent pas toujours l’attention. On découvre bien, parfois, des traces sur les vitres, ou un oiseau mort près de la maison. On ne s’en inquiète pas outre mesure. Tout au plus, on déplore l’accident en se disant que c’est la faute à pas de chance. Les pertes sont sous- estimées, ce qui explique que ce problème n’a jamais été pris au sérieux par les architectes et les autorités. 

Pourquoi  se cognent-ils ?

Elles sont dues à trois causes :

La transparence : l’oiseau voit à travers la vitre le paysage qui continue (végétation, arbre, ciel…) et c’est le choc fatal. Elle se matérialise par d’innombrables applications : des coupe-vent vitrés, des parois antibruit en partie en verre, des passages vitrés, des fenêtres de coin, des serres, des vérandas, des balustrades de balcon en verre, des passerelles vitrées, des abribus… 

La réflexion : lorsque la zone derrière la vitre est plus sombre (intérieur bâtiment, sous-bois…), le verre devient miroir et l’oiseau croit voir le ciel, la végétation, et fonce… 

La lumière : lorsque le local est éclairé, surtout si l’immeuble est très haut, l’oiseau, en général migrateur, attiré par la lumière, entre en collision avec la surface vitrée. Ceci concerne essentiellement les grands bâtiments éclairés parfois toute la nuit. 

Quelles solutions ?

La plus simple, c’est de s’abstenir. Un abri à vélo, une rambarde, un coupe-vent doivent-ils être absolument vitrés ? On évitera les fenêtres d’angles. Les côtés opposés des vérandas ne devraient pas être vitrés tous les deux. De même, les fenêtres vis-à-vis devraient être évitées dans nos habitations.

On peut changer l’aspect du verre pour le rendre plus visible et moins réfléchissant. L’utilisation de verres colorés, imprimés, translucides, matés, sablés, dépolis, ou en relief  (nervurés, cannelés…) ou même chaulés comme pour les serres, ou de pavés de verre, peuvent être des bonnes alternatives tout en satisfaisant le besoin de lumière. De même  l’utilisation de films suivant différentes formes : bandes, croisillons, points, dessins, en respectant la règle des 5 x 10 (voir page 60) est aussi une bonne solution. Les verres, avec motifs dépolis à l’acide, peuvent aussi être utilisés (Marque canadienne : Walker textures AviProtek).

Concernant les grands immeubles éclairés, la solution est très simple. Il suffit, mais apparemment ce n’est pas évident pour tout le monde, d’éteindre la lumière dans les pièces inoccupées ou de placer des stores ou des rideaux aux fenêtres. A New-York, l’association Audubon a lancé l’opération « Lights Out New-York » qui sensibilise et encourage les sociétés et les propriétaires de gratte-ciel à éteindre les lumières. Le but est surtout d’épargner les oiseaux, mais aussi d’économiser l’énergie. Le message a été entendu dans la ville qui ne dort jamais. Du 1er septembre au 1er novembre, au plus fort de la saison migratoire, de nombreux buildings, dont les célèbres Empire State Building, Rockefeller Center et Chrysler Building, éteignent les lumières de minuit à l’aube. Dans d’autres états et villes, comme San Francisco, des actions similaires ont été entreprises.

Quand le mal est fait, quand votre fenêtre tue régulièrement nos amis emplumés, il y a des solutions. Appliquer sur la vitre des silhouettes ou des films autocollants en est une. En fait, la forme et la couleur des silhouettes importent peu. C’est leur présence et surtout leur nombre qui sont importants. Dans la nature, un oiseau ne se faufile pas dans une ouverture plus petite que la paume de la main (certains se réfèrent à la règle des 5 cm x 10 cm, voir croquis). À nous de concevoir notre collage pour ne pas dépasser ces dimensions. Autre point important : ces silhouettes, ou films doivent être placés côté extérieur de la vitre (http://www.abcbirdtape.org/). Il existe aussi des films appliqués à l’extérieur qui opacifient la vitre d’un  seul côté. Vu de l’intérieur vous voyez le paysage comme avant (http://www.collidescape.org/).

On peut aussi placer un store extérieur, un volet que l’on ouvre quand on est présent  dans la pièce. Un claustra ou un grillage extérieur peuvent aussi être envisagés.

On a constaté une augmentation de mortalité dans le cas ou une mangeoire est placée trop près d’une fenêtre. 

Que faire si vous trouvez un oiseau ayant cogné votre fenêtre ?         

Les chocs contre vitres entraînent les traumatismes suivants :

• l’oiseau reste au sol, il est choqué, hébété, il tremble, il a des difficultés pour respirer. Dans ce cas, ramassez-le, placez-le immédiatement dans une caisse en carton munie de trous. Cette caisse sera placée dans l’obscurité, dans un endroit frais. Laissez-le récupérer tranquillement. Au bout de quelques heures ou d’une nuit, vérifiez son état. S’il est agité, s’il cherche à s’échapper alors, relâchez-le. Sinon amenez-le dans un centre de revalidation pour la faune sauvage (voir la liste des adresses en fin de revue),

• l’oiseau a une fracture du crâne, du bec. Du sang apparaît, dans ce cas, la mort intervient très rapidement.

Sinon, amenez-le, le plus rapidement possible, dans un centre de revalidation.