La LRBPO a réalisé un dossier présentant cinq des plus graves dérives de la chasse en Wallonie. Chaque mercredi, une dérive vous est présentée. Ci-dessous, vous pourrez découvrir la cinquième et dernière ainsi que la conclusion.

Les dérives de la chasse sont mises en évidence car elles ont des impacts nuisibles pour l’ensemble de la nature.

Les chasseurs ne représentent même pas 0,3 % de la population wallonne. Pourtant cette minorité impose ses vues depuis de longues années au gouvernement wallon. La LRBPO demande dès lors une modification rapide de la législation sur la chasse.

Cinquième dérive : l’introduction de perdrix et de faisans d’élevage pour la chasse

Figure 1 : Les faisans sont introduits par centaines sur les terrains de chasse, ils n’ont pas peur de l’homme et seront des proies faciles pour le chasseur.

Les populations d’oiseaux des zones agricoles se portent mal. La perdrix grise et le faisan de Colchide voient leurs effectifs diminuer. Cependant, la plupart des chasseurs souhaitent malgré tout établir un tableau de chasse pléthorique. Ils introduisent donc des centaines de milliers d’oiseaux d’élevage, et ce, quelques semaines avant la chasse.

Le nombre d’oiseaux introduits est impossible à connaître précisément, peu ou pas de statistiques existent à ce propos. Voici ce que la Ligue a pu obtenir comme données partielles :

• Dans l’Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, il est indiqué que pour 41 % du territoire occupé par la perdrix en Région limoneuse, 16 800 individus d’élevage ont été introduits pour la saison de chasse 2006-2007, soit 10 perdrix par kilomètre carré. Si les introductions ont été semblables sur l’ensemble du territoire, cela correspondrait donc à 41 000 individus introduits. A titre de comparaison, il y avait en 2006 en Région limoneuse 3 500 couples de perdrix.

• L’AFSCA contrôle aussi l’importation de ces oiseaux provenant d’élevages étrangers. Ce qui permet d’avoir quelques chiffres intéressants mais (très ?) sous-estimés puisqu’il existe aussi de nombreux élevages en Wallonie. Selon l’AFSCA, en 2014, 142 699 faisans ont été importés de France pour être introduits en Wallonie où la population « naturelle » est estimée à 14 000 couples.

Ces introductions interpellent l’éthique :

• Comment peut-on chasser des animaux d’élevage n’ayant pas peur de l’homme ?

• Comment peut-on chasser des animaux non-adaptés à l’environnement dans lequel ils sont introduits, puisqu’ils ont été élevés en captivité ?

Ces introductions entraînent des problèmes écologiques :

Figure 2 : Des lâchés massifs de faisans peuvent affecter lourdement des populations de leurs espèces proies comme la vipère péliade, une espèce en danger d’extinction en Wallonie.

• L’introduction massive d’oiseaux d’élevage sur une parcelle perturbe la population sauvage qui y réside et les espèces proies ; par exemple, des populations de Vipères péliades ont déjà été fortement affectées par des lâchés massifs en Wallonie.

• Le lâché d’oiseaux d’élevage peut entrainer l’introduction de maladies ou de parasites dans la population sauvage.

• Le profil génétique régional des oiseaux sauvages va disparaître au fil des introductions, ce qui est un facteur d’érosion de la biodiversité souvent méconnu du grand public.

Si ces projets d’introduction visent à maintenir l’espèce et à rétablir leurs populations, pourquoi la plupart des introductions ont-elles seulement lieu quelques semaines avant la chasse ? Beaucoup de chasseurs se contentent de ces introductions. Cette chasse n’est plus un art ou un acte culturel. Il s’agit tout simplement d’un hobby, dont la finalité est de tuer un maximum.

Nous demandons donc que les introductions de faisans, de perdrix ou d’autres oiseaux pour la chasse soient interdites, comme c’est déjà le cas en Flandre.

Dérives de la chasse en Wallonie : conclusion

Au vu des problématiques décrites ici et dans les autres dérives, il est grand temps que le monde de la chasse évolue.

De nombreuses pratiques cynégétiques ne sont plus du tout en phase avec l’environnement ou avec les valeurs de la société. Les chasseurs ne devraient plus investir dans l’introduction d’animaux d’élevage ou dans le nourrissage à excès mais dans un environnement naturel et équilibré. Ils devraient accepter un moratoire sur la chasse des espèces menacées, accepter les prédateurs et les corvidés sur leur chasse comme toutes les autres espèces indigènes.

Pour un respect de la nature et du bien-être animal, la législation existante devrait être appliquée et certaines pratiques cynégétiques devraient être interdites. Nous demandons donc aux politiques de se pencher sur ces problématiques et de revoir l’ensemble de la législation cynégétique qui, comme le démontrent ces 5 dérives, est devenue obsolète.

Les 4 premières Dérives :

• Le non-respect du bien-être animal et de la législation

• L’appropriation de la forêt par les chasseurs

• Le nourrissage du sanglier

• La chasse d’espèces en déclin : Perdrix grise et Sarcelle d’hiver