Castore

Quelques particularités…

Rongeur : longues et robustes incisives qui ne cessent jamais de pousser

Taille de 1m à 1m30 (queue de 30 à 40 cm)

Poids : 20 à 25 Kg

Pas de dimorphisme sexuel apparent

Nombreuses adaptations au milieu aquatique

Pattes arrières palmées (presque aussi grandes qu’une de nos mains)

Queue aplatie : gouvernail en surface et propulsion en plongée

Profil fuselé, oreilles dirigées vers l’arrière et narines se fermant hermétiquement

Plongée en apnée jusqu’à 15 minutes : sang adapté pour le stockage efficace de l’oxygène – rythme cardiaque pouvant passer de 140 à 10 pulsations par minute – alimentation sanguine privilégiant le cerveau et les organes vitaux en plongée

Fourrure dense et imperméable

Milieux fréquentés…

Rivières, de préférence au cours lent, suffisamment profondes pour une nage aisée (au moins 50 à 60 cm de profondeur) – colonisation en premier lieu des grandes rivières (où sa présence reste discrète en l’absence de constructions) puis lors du développement de la population, colonisation des petits affluents qui peuvent être aménagés.

Préférence aux berges hautes et boisées, propices aux terriers, avec en alternance des plages donnant accès à des pépinières naturelles de saules et de peupliers.

Grands fleuves – Lacs – Etangs.

Supporte la présence humaine si elle ne gêne pas son installation et la pollution organique de l’eau.

Très agile dans l’eau. Lourd et maladroit sur la terre ferme donc s’éloigne peu des berges.

Des constructions…

Beaucoup moins que chez le Castor américain

Digue et barrage uniquement si la configuration des lieux l’exige pour maintenir une certaine hauteur d’eau et que la largeur de la rivière permette de le faire sans trop d’efforts ; ils peuvent tout de même atteindre deux mètres de haut et 50 mètres de largeur ! Certaines familles entretiennent continuellement jusqu’à 40 barrages. Ils sont formés d’un entremêlement de branches, orientées grosso modo dans le sens du courant, et de terre ; argile, vase, feuilles, herbes et cailloux peuvent aussi servir au colmatage. En inondant ainsi des zones importantes, le castor peut également faciliter son accès à des arbres plus lointains des berges.

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Creusement de canaux peu profonds sur les côtés du cours d’eau pour acheminer plus facilement les branches rongées.

Vie dans un gîte, souvent un simple terrier, creusé dans une berge haute et meuble, et dont l’entrée est située sous le niveau de l’eau – la litière est constituée de lanières de bois fabriquées sur place – présence d’au moins une chambre et d’une cheminée d’aération. Entrée camouflée par des branches en cas de baisse du niveau de l’eau avec formation d’un « terrier-hutte »

Si la berge est trop plate, construction d’une « hutte de berge », amoncellement de bois (colmaté et isolé du froid par de la boue, des feuilles, de l’herbe, de la vase…) à moitié dans l’eau et sur la terre ferme. Parfois construction d’une hutte totalement entourée d’eau.

Le castor n’hiberne pas mais passe une bonne partie de ses journées d’hiver dans son logis.

La vie en famille… et le territoire

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Vit seul ou en famille, activité surtout crépusculaire sauf en période de nourrissage des jeunes.

Espérance moyenne de vie : 7 à 8 ans.

Une famille = parents (fidèles à vie) + 2 ou 3 jeunes de l’année  + 1 ou 2 jeunes de l’année précédente (qui endossent le rôle de baby-sitter mais doivent ensuite s’exiler et rechercher un territoire).

Faible taux de reproduction (1 portée/an).

Une famille sillonne de 1 à 3 ou 4 Km de rivière mais en exploite seulement une faible proportion.

Le mâle est très territorial et protège jalousement son territoire en le marquant d’une substance odorante (le castoréum) produite par deux glandes situées à la base de la queue.

Dans sa colonisation des espaces, il lui est impossible de franchir des villes d’importance moyenne et des barrages en pentes raides ; remonté à la source d’un cours d’eau, il ne peut franchir la ligne de crête pour s’implanter dans le bassin versant adjacent.

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A son menu…

Herbivore : feuilles, rameaux, écorces d’arbustes (en particulier de saules, +/ 700g par jour) prélevés en bordure de rivière – en hiver, faute de végétation, il se rabat exclusivement sur les écorces de bois tendre ;  le bois peut être stocké dans des garde-manger au fond de l’eau.

Activité d’abattage limitée à une faible portion du territoire et à moins de 20-30 mètres des berges.

Un gestionnaire… pour des grands travaux utiles !

Impact intéressant sur la biodiversité.

Coupe des grands arbres et maintien des arbustes à un stade buissonnant le long des rives : meilleure fixation des berges tout en freinant l’érosion et participation à l’épuration des effluents d’origine agricole par absorption racinaire.

Mise en lumière des cours d’eau avec meilleur développement du plancton, base de la chaîne alimentaire.

Montée du niveau de l’eau dans des prairies marécageuses permettant le développement de plantes remarquables ; ces zones peuvent également jouer le rôle de station d’épuration par lagunage.

Création grâce aux barrages de zones calmes favorables aux libellules et aux batraciens (et donc à leurs prédateurs, hérons cendrés, grandes aigrettes et cigognes noires).

Formation de petites cascades oxygénant les cours d’eau, tout bénéfice pour les poissons.

Un peu d’histoire…

Partout en Europe au Moyen Age (sauf en Irlande, en Italie et dans les Balkans).

Déclin dès le 11ème siècle ; disparition en Belgique entre 1890 et 1900.

Forte pression de chasse et de piégeage.

Propriétés médicinales du castoréum riche en acide acétylsalicylique (composant de l’aspirine).

Fourrure.

Chair abondamment consommée et assimilée au poisson (pouvant être consommée le vendredi et pendant le carême).

Le « bièvre » a laissé son nom à de nombreux villages et cours d’eau.

Quelques populations relictuelles au début du siècle sur le Rhône et l’Elbe, en Allemagne, notamment.

La protection de l’espèce permet une recolonisation du Rhône jusqu’à Lyon dans les années 60 – la reconquête est stoppée par cette agglomération infranchissable.

Divers programmes de réintroduction à partir des années 50 en Europe vu le peu de mobilité de l’espèce (Rhône, Loire, Jonte, Tarn, Rhin, Moselle mais aussi en Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Pays de l’Est, Scandinavie…)

Sur la liste belge des espèces protégées depuis 1983.

Premier retour en Belgique via l’Eifel en 1991.

Lâchers successifs en Belgique entre l’automne 1998 et le printemps 2000.